Il y a de la buée sur les vitres. L'hiver nous est tombé dessus. Troisième hiver qui commence sans toi. Il y de la buée sur mes yeux. Pas besoin de l'hiver pour avoir froid au cœur.
Dans quelques jours ce sera le 2 décembre.
Le 2 décembre.
Triste date d'anniversaire. Celle de ta disparition. Deux ans ! Troisième Noël sans toi ! Noël, on s'en fout, mais toi !
Et puis, juste après, il y aura le 4 janvier. Tes 24 bougies, qui va les souffler ? Encore nous, tous seuls devant l'ordi ? 24 bougies virtuelles et ta photo en arrière-plan comme pour tes 23 ? Je sais, tu es photogénique, mais tout le monde meurt d'envie de te serrer dans ses bras Marco. On ne s'habitue pas à ton absence Marco.
Dans trois semaines Françoise rentre à Paris. Le cœur en mille morceaux. Elle qui pensait tenir ta main dans le Bogota-Paris qui nous la ramène. Ta mère-courage qui depuis près de deux ans, te cherche partout autour de Leticia, persuadée qu'elle te trouverait un jour dans le coin là-bas. Françoise qui t'a envoyé pleins de messages sur "las voces del secuestro", la radio qui est diffusé dans la jungle et qui redonne un peu d'espoir aux familles de disparus, l'espoir que l'être cher va entendre le message personnel qui lui est adressé. Françoise qui a montré ta photo partout, à tous les indigènes qu'elle a croisé, aux touristes aussi... Elle ne savait pas dans quel état elle allait te trouver. Mais elle y a cru. C'est dur pour elle de quitter l'Amazonie. Ce monde qu'elle a apprivoisé juste pour toi, pour te retrouver. "Mi hijo"... Tout le monde la connait à Leticia.
2 décembre, 4 janvier, 2 ans, 24 ans... que de dates, que de chiffres, qui se bousculent dans ma tête. Et en face, un grand vide, un grand rien, un énorme ZÉRO.
"Marco, t'es où ?"
La phrase la plus répandue chez les utilisateurs de téléphone portable. "T'es où ?". Malheureusement, je ne suis pas en train de téléphoner. Je t'écris, mais dans le fond c'est au monde entier que je m'adresse. Pour leur dire de m'aider à te retrouver. De nous aider. La vie sans toi est devenue fade. Et toi, ta vie à toi, quel goût elle a ? Nous on se bat avec notre douleur, mais toi ? Es-tu encore sur cette terre d'abord ? Dans ce cas, es-tu malade ? Qui s'occupe de toi ? On va y retourner. Marco. On va pas lâcher l'affaire. Help ! Socorro ! Madame, Monsieur, vous qui surfer sur le net bien au chaud dans votre chez vous, aidez-nous à retrouver Marco.
Le 2 décembre.
C'est une sale date. Mais c'est pas encore la date anniversaire de ta mort. Car tant qu'on ne m'a pas donné la preuve, je ne le croirai pas. Et cette preuve il faut aller la chercher. Pourvu qu'ils ne la trouvent pas mais pourvu qu'ils y aillent. Tu sais qu'il y a encore un Raphaël qui veille sur toi, Marco. C'est marrant, tu as quelque chose avec les Raf(ph)aël n'est-ce pas ?
Marco tu es vivant. J'ai encore rêvé hier qu'on t'avait retrouvé. Combien de fois j'ai fait ce rêve. Je n'ai jamais rêvé que tu étais mort. Ce doit être un signe.
Le 2 décembre.
L'occasion de reparler de toi à tous ceux qui n'ont pas eu la chance de te connaître. A ceux qui doivent nous aider. Vite. Très vite. Car moi je leur dis qu'il reste encore une chance pour qu'ils te connaissent un jour !
Clara.