30 novembre 2005
Le 2 décembre
Il y a de la buée sur les vitres. L'hiver nous
est tombé dessus. Troisième hiver qui commence sans toi. Il y de la
buée sur mes yeux. Pas besoin de l'hiver pour avoir froid au cœur.
Dans quelques jours ce sera le 2 décembre.
Le 2 décembre.
Triste date d'anniversaire. Celle de ta disparition. Deux ans ! Troisième Noël sans toi ! Noël, on s'en fout, mais toi !
Et
puis, juste après, il y aura le 4 janvier. Tes 24 bougies, qui va les
souffler ? Encore nous, tous seuls devant l'ordi ? 24 bougies
virtuelles et ta photo en arrière-plan comme pour tes 23 ? Je sais, tu
es photogénique, mais tout le monde meurt d'envie de te serrer dans ses
bras Marco. On ne s'habitue pas à ton absence Marco.
Dans trois
semaines Françoise rentre à Paris. Le cœur en mille morceaux. Elle qui
pensait tenir ta main dans le Bogota-Paris qui nous la ramène. Ta
mère-courage qui depuis près de deux ans, te cherche partout autour de
Leticia, persuadée qu'elle te trouverait un jour dans le coin là-bas.
Françoise qui t'a envoyé pleins de messages sur "las voces del
secuestro", la radio qui est diffusé dans la jungle et qui redonne un
peu d'espoir aux familles de disparus, l'espoir que l'être cher va
entendre le message personnel qui lui est adressé. Françoise qui a
montré ta photo partout, à tous les indigènes qu'elle a croisé, aux
touristes aussi... Elle ne savait pas dans quel état elle allait te
trouver. Mais elle y a cru. C'est dur pour elle de quitter l'Amazonie.
Ce monde qu'elle a apprivoisé juste pour toi, pour te retrouver. "Mi
hijo"... Tout le monde la connait à Leticia.
2 décembre, 4
janvier, 2 ans, 24 ans... que de dates, que de chiffres, qui se
bousculent dans ma tête. Et en face, un grand vide, un grand rien, un
énorme ZÉRO.
"Marco, t'es où ?"
La phrase la plus répandue chez
les utilisateurs de téléphone portable. "T'es où ?". Malheureusement,
je ne suis pas en train de téléphoner. Je t'écris, mais dans le fond
c'est au monde entier que je m'adresse. Pour leur dire de m'aider à te
retrouver. De nous aider. La vie sans toi est devenue fade. Et toi, ta
vie à toi, quel goût elle a ? Nous on se bat avec notre douleur, mais
toi ? Es-tu encore sur cette terre d'abord ? Dans ce cas, es-tu malade
? Qui s'occupe de toi ? On va y retourner. Marco. On va pas lâcher
l'affaire. Help ! Socorro ! Madame, Monsieur, vous qui surfer sur le
net bien au chaud dans votre chez vous, aidez-nous à retrouver Marco.
Le 2 décembre.
C'est
une sale date. Mais c'est pas encore la date anniversaire de ta mort.
Car tant qu'on ne m'a pas donné la preuve, je ne le croirai pas. Et
cette preuve il faut aller la chercher. Pourvu qu'ils ne la trouvent
pas mais pourvu qu'ils y aillent. Tu sais qu'il y a encore un Raphaël
qui veille sur toi, Marco. C'est marrant, tu as quelque chose avec les
Raf(ph)aël n'est-ce pas ?
Marco tu es vivant. J'ai encore rêvé hier
qu'on t'avait retrouvé. Combien de fois j'ai fait ce rêve. Je n'ai
jamais rêvé que tu étais mort. Ce doit être un signe.
Le 2 décembre.
L'occasion
de reparler de toi à tous ceux qui n'ont pas eu la chance de te
connaître. A ceux qui doivent nous aider. Vite. Très vite. Car moi je
leur dis qu'il reste encore une chance pour qu'ils te connaissent un
jour !
Clara.
21 novembre 2005
Solidarité avec Ingrid
Le comité de soutien à Ingrid Bétancourt organise un rassemblement des élus français pour la libération d'Ingrid et des otages en Colombie. Ce rassemblement se tiendra mercredi 23 à 12H30 devant l'ambassade de Colombie, 29 rue de Constantine - 75007 Paris.
Nous serons, bien sûr, présents à ce rassemblement, solidaires. Merci de venir nous rejoindre!
02 novembre 2005
700 jours
700 jours. Les chiffres tout ronds, c’est comme pour les anniversaires, c’est dur à passer. Sauf qu’avec les anniversaires, une fois la pilule avalée, on continue sur sa lancée. Mais là, on a du mal à avaler. Et on ne veut pas continuer. On veut que le décompte cesse. On veut retrouver Marc. Et si possible en bon état. Or chaque jour qui passe rend cet objectif encore plus incertain. Dans son récit de voyage « El rio de la desolacion – un viaje por el Amazonas » le journaliste écrivain espagnol Javier Reverte écrit : « Me parece que la violencia sigue siendo la unica ley en aquellos territorios impios. Siento que alli todo le esta permitido al furor de la Naturaleza y a los mas salvajes corazones humanos ». Tout est dit. L’Amazonie est le lieu de la violence. Celle de la nature et celle des hommes. Du moins, de certains. C’est pourquoi il est urgent de retrouver Marc. Il est urgent que les enquêteurs français puissent reprendre leur investigation. Il est urgent que les pouvoirs publics interviennent pour les aider à accomplir leur mission. Pour cela, il faut que ces mêmes pouvoirs publics cessent de se draper dans leur orgueil déplacé. Il faut qu’ils reconnaissent que, pour Marc, ils n’ont fait que le minimum. Ce qu’ils doivent à tout citoyen en difficulté quelque part dans le monde. Et puisque ce minimum n’a rien donné, il faut faire plus. Et ce "plus" n’est pas énorme. Il consiste à passer quelques coups de téléphone en Colombie, au Brésil et au Pérou afin d’ accélérer les processus de décision. Rien de sorcier pour des diplomates français, si performants selon leur ministre de tutelle. Il est donc temps de faire plus pour retrouver Marc. Plus précisément, il est urgent de tout faire pour retrouver Marc. Car quand on n’a pas tout fait pour quelqu’un, on a rien fait.
"Il me semble que la violence continue d'être l’unique loi dans ces territoires maudits. J'ai le sentiment qu'ici, tout est permis à la fureur de la Nature et aux coeurs humains les plus sauvages".




