Trois ans que Marc a disparu. Trois ans d’un lourd silence chargé de toutes les angoisses et de tous les espoirs. A la fin du mois dernier, le juge chargé de l’enquête sur la disparition de Marc s’est  rendu en Colombie accompagné d’un policier de la Brigade criminelle. Deux ans après leur premier voyage qui, lui même, avait eu lieu un an après la disparition de Marc. Cool. Ces délais insupportables sont, pour une grande part, imputables à l’absence d’implication politique dans ce dossier. J’ai déjà dit ce que je pensais de ce « deux poids deux mesures » dans une démocratie comme la nôtre. Abject. Mais ces délais insupportables sont également imputables aux lenteurs de la machine judiciaire. Dans cette pré-campagne électorale, on entend beaucoup parler de sécurité mais pas beaucoup de justice. Or il est urgent de doter la Justice de moyens supplémentaires pour qu’elle puisse exercer sa fonction avec célérité et sérénité. Je ne peux m’empêcher de penser à tous ces prévenus qui croupissent dans des prisons surpeuplées en attendant qu'un juge ait le temps d'ouvrir leur dossier.

Le juge et le policier français qui l’accompagnait ont passé deux semaines sur place, à Leticia. Ils ont travaillé avec la coopération effective et efficace de la police fédérale brésilienne – Marc, bien que séjournant en Colombie, est supposé avoir disparu sur le Javari, affluent de l’Amazone qui sert de frontière naturelle entre le Brésil et le Pérou. Ils ont confirmé des choses qu’ils savaient déjà. Ils ont écarté des pistes. En ont exploré d’autres. Et ils sont revenus avec une conviction : Marc a été victime d’un acte criminel. Le problème est que cette conviction n’est étayée par aucune preuve ni aucun témoignage. Les enquêteurs sont incapables de nous dire où Marc aurait été tué, ni par qui ni comment. Leur conviction s’appuie sur un faisceau de présomptions liées au contexte de la disparition de Marc : une zone de trafics divers qui génèrent des attitudes criminogènes, une loi du silence omniprésente, une nature sauvage où il est très facile de faire disparaître un corps, d’autres disparitions jamais élucidées, aucune revendication d'enlèvement. Si l’on ajoute à cela le temps écoulé, la raison voudrait que l’on se fasse à l’idée que nous ne reverrons jamais Marc. Nous entendons ces arguments. Nous les comprenons. Mais force est de reconnaître qu’il nous est extrêmement difficile de les accepter. En l’absence totale de preuve il nous est impossible de tirer un trait définitif sur l’espoir. Le temps, peut être, nous y aidera.  En attendant, il faut continuer de vivre avec la douleur de l’absence et du doute.
Merci à tous ceux qui nous ont manifesté leur soutien sur ce blog ou par mail. Nous n’avons pas toujours répondu mais nous avons toujours été touchés par ces messages d’espoir et d’encouragement. Merci à Jean Jacques Nyssen pour « Marco ». Merci à Clarika qui, lors de ses concerts, a largement contribué à faire connaître l’histoire de Marc. Merci à tous les artistes qui ont participé au concert de soutien. Merci à Mathieu, notre avocat. Merci à Raphaël pour son implication. Merci aux journalistes qui ont bien voulu donner un écho à notre combat. Merci à tous ceux que j'oublie et qui nous ont aidé à un moment ou un autre. Merci à tous et gardons, quelque part dans notre tête, une petite lueur d’espoir. Peut être que Marc la verra et qu’elle le ramènera jusqu’à nous.

Jeudi dernier nous apprenions que les tests ADN confirmaient que les restes trouvés dans un parc du Népal, mi novembre, étaient bien ceux de Céline Henry. Je n’ai pas connu Céline ni aucun de ses proches. Mais je suis très triste. Les circonstances de la disparition de Céline et le parcours du combattant suivi par sa famille pour essayer de la retrouver sont tellement semblables à ce que nous avons vécu avec Marc , que cela nous les a rendu proches sans que jamais on se soit rencontré. Aujourd’hui leur douleur est la nôtre. Quand je regarde la photo de Céline, que je lis son parcours, je devine la générosité qui devait être la sienne et je me dis qu’elle et Marc auraient certainement été amis si leur désir de découverte et de rencontre de l'autre avait fait se croiser leur route. Adieu Céline. Bon courage à tous ceux qui l’ont connue et aimée.